SINO SINO

Sino,

Sino est un pionnier du mouvement graffiti français. Issu de la deuxième génération de graffeurs franciliens, l’artiste incarne l’essence de cette pratique et de cette culture de par son travail de la lettre depuis 1986. Ces études témoignent ainsi d’un véritable processus créatif articulé autour de la lettre en tant que forme. La découverte des bibles Subway Art et Spraycan Art par la suite ne fait que conforter Sino dans la voie qu’il est un des rares sur la région parisienne à avoir choisie. Il devance et influence alors fortement la génération suivante de la ligne Paris-Saint-Lazare. L’explosion du graffiti entre 1988 et 1990 consacre la place prépondérante de l’artiste au sein du mouvement. Il crée successivement les ASA et les DUC avant d’intégrer les HG. Il réunit autour de lui les graffeurs les plus talentueux tels que RCF, Sleez ou encore See, tous marqués par son activisme dans la rue et son style coloré et lisible. En effet, avec les FBI, les DUC de Sino constituent pour la banlieue ouest parisienne l’égal de ce que peuvent être les BBC ou Bando pour Paris intra-muros. Véritable figure de proue du courant, Sino poursuit également un véritable travail de reconnaissance du mouvement graffiti et tisse un lien culturel entre Paris et Montréal dès la fin des années 1990. Son implication dans le mouvement passe désormais par le médium de la toile. L’esprit du graffiti y est plus présent que jamais. La fusion des formes et des couleurs laisse entrevoir le processus perpétuel du travail de la lettre et l’atmosphère transgressive d’un art pensé pour la rue. En effet, le support amovible a remplacé celui du mur et offre de nouvelles possibilités par la multiplication des outils et techniques et un rapport au temps différent. Cependant, Sino garde un véritable héritage de ses interventions nocturnes dans des œuvres imprégnées de la culture graffiti. Ainsi le travail préparatoire pour la toile s’inscrit dans la continuité de celui, caractéristique, que l’artiste effectue avant chaque sortie depuis ses débuts. Ces pièces transmettent alors, au-delà de leur matérialité, une tension palpable liée à la sensation du danger et du stress inhérents à la peinture vandale. Cette aura du graffiti est également visible dans l’utilisation du collage d’anciens sketches ayant servi d’études pour des fresques urbaines. Ceux-ci rendent hommage aux premiers graffeurs et à l’idée d’agrégation omniprésente dans la pratique illégale. Dans ce cadre, le graffiti fait apparaître le mur tel un palimpseste dont les fresques sont effacées et recouvertes par de nouvelles. Il est également support du foisonnement, du regroupement des présences. Sino reprend cette conception vivante du mur à travers ses derniers travaux. Il y présente les multiples sketches anciens juxtaposés en fond comme matière partiellement recouverte par un lettrage jaillissant au premier plan. Après la rue, l’atelier est ainsi un nouveau laboratoire pour l’artiste qui perpétue la tradition et l’histoire du mouvement lui ayant permis de s’émanciper artistiquement. À l’heure où internet, les réseaux sociaux et la multiplication des livres d’art dédiés aux œuvres de la rue mettent en avant un gigantisme toujours plus poussé, Sino s’évertue à traiter les racines de ce courant en constante évolution : la lettre et la notion de désobéissance assumée. C’est en ce sens que Sino représente autant l’histoire que l’aura du graffiti.